Hochelaga-Maisonneuve, Vie de quartier

École Baril: une promesse non tenue pour 2017

École Baril, 2 janvier 2017

2017 arrive avec une promesse non tenue : il n’y aura pas d’école primaire dans Hochelaga avant le printemps. Janvier 2017 est la date que les parents et élèves des écoles Hochelaga et Baril ont attendue avec fébrilité, avant d’apprendre par une lettre que leurs attentes seraient déçues, puisque l’école n’ouvrirait pas avant le printemps.

Installée dans l’arrondissement avec une enfant d’âge préscolaire en juin 2013, je ne me suis pas trop inquiétée que les deux écoles du coin soient fermées. Après tout, on nous promettait une école neuve pour la rentrée 2016.

Mais l’arrivée à la maternelle de ma fille  se rapprochait, et les écoles étaient toujours fermées. En janvier 2015, j’ai tenté de l’inscrire en libre choix à deux autres écoles de l’arrondissement, en vain. Je me suis donc rabattue sur la solution de rechange offerte par la CSDM : envoyer mon enfant à son école de quartier, provisoirement relocalisée à la Polyvalente Édouard-Montpetit. En septembre, mon idée était faite : ma petite prendrait le bus matin et soir. La direction nous a rassurés : le service de transport était bien organisé, et après tout, nous allions regagner le quartier en janvier (c’est du moins ce que nous croyions).

Dès les premiers jours de classe, le service de transport a connu plusieurs ratés. Un garçon qui devait être au service de garde a été mis dans le bus et déposé au parc sans que ses parents soient avertis. Une fille qui aurait dû descendre au coin de Sainte-Catherine s’est retrouvée au coin de la Fontaine. Un autre bus a mis plusieurs minutes à arriver à destination, créant une commotion chez les parents qui attendaient au point de rendez-vous. Chaque fois, même plates réponses de la part de la direction : des erreurs de début d’année nous disait-on; quand tout le monde serait habitué, tout irait rondement.

Début décembre, ce fût mon tour de faire les frais de la mauvaise gestion des transports. Voulant faire garder ma fille, j’avertis l’école que sa gardienne viendra la récupérer plus tôt à l’arrêt de bus habituel, c’est-à-dire à l’École Hochelaga. À l’heure dite, ma fillette n’est pas dans l’autobus. Je contacte le service de garde, où on ne décroche pas le téléphone (ce qui est habituel, puisque c’est l’heure à laquelle les éducatrices sont débordées). Je reçois alors un coup de fil d’un parfait inconnu qui a retrouvé ma fille au coin de Dézéry et la Fontaine. Elle a pris le mauvais bus, et le chauffeur l’a déposée au dernier arrêt sans vérifier qu’un parent était présent. Je joins de nouveau ma gardienne qui finit par retrouver ma fille vers 16 :30. À cette heure, la nuit est tombée. Le mercure est passé sous zéro.

J’ai fait le suivi avec l’école, qui a apporté les correctifs  nécessaires. On a changé le numéro erroné sur la carte de transport, fait le nécessaire avec la compagnie d’autobus pour que la bourde du chauffeur ne se reproduise plus. J’apprécie les efforts et le professionnalisme du personnel de l’école, mais ce que je garde en tête, c’est que ma fille, qui aurait dû être en sécurité à l’école, a été négligemment laissée sur un coin de rue. L’école a fait un suivi plus qu’acceptable, certes, n’empêche que la situation est inacceptable. Des élèves déjà pénalisés par la délocalisation de leur école ne devraient pas être fragilisés les failles du système de transport et des erreurs de gestion.

En tant que mère, je suis inquiète, effrayée et écœurée. Inquiète que les professionnels de l’école doivent en faire plus pour compenser la relocalisation de leur école, effrayée à l’idée qu’un incident similaire survienne de nouveau et écœurée que nos élus mettent autant de temps à régler le problème des écoles.

Je ne fais pas le vœu d’avoir une nouvelle école de quartier en 2017; je l’exige, point. Madame Poirier, Monsieur Ménard, Madame Harel-Bourdon, Madame Beaudet, tenez vos promesses, livrez la marchandise.

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Publicités
Hochelaga-Maisonneuve, Vie de quartier

Je ne suis pas une bourgeoise

« On est tous le bourgeois de quelqu’un »

« Je trouve ça malaisant (sic) de voir quelqu’une qui se plaint que son quartier s’est embourgeoisé quand elle s’en va faire la même chose dans Hochelag.»

« Pour nous, c’est vous la bourgeoise »

Depuis la publication de mon billet sur l’embourgeoisement de Rosemont il y a un mois, j’ai reçu un nombre record de visites sur ma page et aussi un nombre important de critiques venant de gens qui voient d’un mauvais œil l’installation de nouveaux acheteurs dans Hochelaga. Peu après la publication de mon billet, des actes de vandalismes à la place Valois sont venus renforcer l’impression que les inégalités sociales attisent la colère de certains résidents du quartier.

Parlons d’abord de la conclusion de mon billet, celui qui m’a valu tant de critiques. « …la réputation de HoMa s’améliore, la gentrification ne l’a pas encore atteint. » Quelques jours avant d’écrire ce billet, j’avais écouté une entrevue avec l’urbaniste Paul Lewis à Samedi et rien d’autre sur les ondes de Radio-Canada. Selon ce spécialiste, qui avait acheté une maison à Hochelaga-Maisonneuve dans les années 80 en se faisant promettre que le quartier était le prochain Plateau, il avait observé une lente modification du quartier au lieu du boum immobilier espéré. Il observait à présent une faune différente, composée de familles de classe moyenne, d’étudiants et de jeunes professionnels qui s’y installaient. J’ai moi-même fréquenté la promenade Ontario et constaté qu’elle est animée par une énergie différente que la promenade Masson. Masson s’embourgeoise, littéralement. Le hipster est roi à Rosemont. Peut-on dire qu’Hochelaga est bourgeoise simplement parce que la population change ? L’origine de l’anglicisme gentrification, gentry, fait référence à la petite noblesse. La gentrification est ce qui se produit lorsqu’une classe sociale mieux nantie qui s’approprie un quartier, ce qui n’est pas tout à fait le cas dans HoMa. Quand la classe moyenne investit un quartier défavorisé, elle fréquente les services de proximité, le dépanneur, l’épicerie, la quincaillerie, le Jean Coutu, le café, sans pour le moins réclamer des épiceries fines et des bars branchés. C’est une mixité qui profite aux commerçants du coin sans nuire aux moins gâtés.

Par ailleurs, je ne suis pas une bourgeoise. Avez-vous lu le titre mon billet ? J’appartiens à classe moyenne et j’en suis fière, d’autant plus que je me bas depuis 10 ans pour me hisser au-dessus du seuil de la pauvreté. Je comprends les locataires d’Hochelaga qui ont  mal au cœur de voir le prix des logements augmenter lorsqu’ils sont limités dans leur budget. Mais la famille de classe moyenne capable de se payer un condo, une fois son hypothèque payée, vivra avec les mêmes restrictions budgétaires que le ménage à faible revenu.

Voilà pourquoi je continue de dire haut et fort que je ne suis pas une bourgeoise.

Rosemont, Vie de quartier

Où va la classe moyenne ?

Rosemont

Quand j’ai quitté le Plateau pour m’établir près de la promenade Masson il y a deux ans, le quartier offrait énormément d’avantages à ma famille à revenu modeste : un logement de 7 pièces, une cour, tous les services de proximité et un voisinage sympathique. Vu le loyer raisonnable, j’ai aussi eu droit à un appartement décati, beaucoup de saleté accumulée, de la vermine et des moisissures. Mais c’était peu considérant tous les bénéfices que je gagnais au change, et une fois l’appartement dûment retapé,  j’ai pu apprécier, en compagnie de ma fille et mon mari, les mille et uns bonheurs qu’offraient la ruelle, les parcs, les piscines, la garderie à un jet de pierre, tout ça à quelques minutes du centre-ville.

Une fois passé le cap du revenu moyen et prête à devenir propriétaire, j’ai constaté avec stupeur que les prix avaient augmenté à un point tel que mon ménage ne pouvait plus se permettre le quartier. Nous avons spontanément mis le cap sur Hochelaga, un coin plus abordable qui, à proximité de la rue Ontario, offre les mêmes avantages que Rosemont. Déménagement prévu dans six semaines. Je pleure le nid d’amour que j’ai construit dans cet agréable voisinage. Un peu amère, je me plais à dédaigner le quartier qui ne veut plus de moi. Il est sale, bondé et les voitures s’y entassent. Les taxes explosent. Les bars grouillent de bobos.

Où va la classe moyenne ? Un fossé se creuse dans Rosemont. D’un côté, les familles à faible revenus qui restent locataires, de l’autre, les bourgeois qui s’installent dans des condos ou des maisons retapées à grand frais. Je crains que Rosemont devienne ce qu’était le plateau quand je l’ai quitté en 2011 : un quartier de retraités et de professionnels branchés qui essaient tant bien que mal de cohabiter avec les tatoués du coin.

Alors, en route vers le nouvel Eldorado, HoMa, qu’on annonce depuis près de trente ans comme le prochain quartier d’avenir. Si sa réputation s’améliore, la gentrification ne l’a heureusement pas encore atteint. Qu’elle prenne son temps.

Santé

La perplexité s’attrape comme la grippe

J’entends, régulièrement, les medias parler des salles d’urgences en termes rébarbatifs. On nous les présente comme des lieux où les infections se multiplient. On nous annonce 12, voire 24 heures de temps d’attente. On en proscrit certaines, supposées déborder en pleine épidémie de grippe saisonnière. On déplore le manque de coordination, de personnel, voire même de compétence dans les urgences des hôpitaux.

‎Je suis allée aux urgences ce mois-ci. Deux fois. Avec un bébé fiévreux. Non seulement je n’ai pas attendu, mais tout le monde a été sympa. S’il est vrai que j’ai dû répéter au moins dix fois la raison de ma visite, j’ai eu droit à chaque fois à la même qualité d’écoute. La deuxième fois, j’ai été acheminée rapidement vers le service pédiatrique. À l’étage, on nous a octroyé une chambre avec deux lits : une antiquité métallique et un lit flambant neuf, offert, indiquait une petite pancarte, par la fondation du Canadien pour les enfants. L’ensemble faisait pitié. Le contraste était choquant. Le lit métallique aurait paru moins obsolète sans la généreuse donation du Canadien. C’était l’image même d’un système de santé qui, d’une part, doit composer avec des moyens de plus en plus maigres, mais qui, de l’autre côté, peut compter sur la charité de fondations privées pour palier à certains manques. Sauf que le coup d’œil, loin de produire  l’impression que les choses marchent mieux comme ça, trahit le manque d’unité dans la vision.

Outre les médias qui critiquent de plus en plus les institutions publiques et nous les présentent comme des épaves, il y a une autre tendance qui m’énerve : la présence bien visible de fondations privées et de corporations entre les murs des hôpitaux. Comme si on nous disait : « Hey, le contribuable, tu penses que c’est avec tes taxes qu’on pourrait se payer ça ? Eh non, c’est BMO qui a payé pour ton lit ! Penses-y ! » C’est le reflet de cette droite déprimante qui n’arrête pas de réclamer l’intervention du privé pour secourir notre pauvre système de santé. Cette droite qui parle sans cesse d’alléger la structure de l’état et de déléguer aux entreprises la gestion de nos institutions. Cette droite qui dit moins fort qu’elle a déjà une liste d’amis bien intentionnés qui ne demandent qu’à récolter ces précieux contrats. Cette droite qui entretient le pessimisme et dépeint le gagne-petit comme un faible. Cette droite qui veut ériger le riche en roi et maître de la société de demain.

Même si mes impôts doivent augmenter, même si je dois rédiger des tonnes de paperasse pour trouver un médecin de famille, même si le lit d’hôpital sur lequel je finirai mes jours doit être vieillot et étriqué, je préfère confier ma santé à des bureaucrates qu’à des hommes d’affaires préoccupés uniquement par le profit. Je ne crois pas ceux qui prétendent que le jour ou plus de patients pourront être acheminés vers des cliniques privées, il y aura une meilleure gestion des services publics fournis aux moins biens nantis. Je pense plutôt que ce sera le début de l’hémorragie des professionnels vers le privé, et l’instauration d’un système à deux vitesses où les pauvres attendent des soins quand les riches passent devant.

Aux médias qui se plaisent à répandre la perplexité à coup de constat accablant sur les urgences, j’aimerais rappeler que nous sommes tous au courant que la grippe saisonnière frappe à chaque année, que la gastro nous guette et que les accidents de la route sont nombreux. Devons-nous pour autant jeter la pierre au service qui a le mérite de gérer ces petites catastrophes ? Au contraire, je crois que nous devrions accepter que la souffrance est un passage obligé, nous compter chanceux d’avoir un système équipé pour le rendre moins pénible et nous immuniser contre la perplexité des médias et de la droite.

Cinéma

Nous les princesses

Je suis de celles qui ne jurent que par les films chantés où tout est chorégraphié, assorti, composé et calculé dans les moindres détails. Je suis de celles qui croient que la rencontre entre Jacques Demy et de Michel Legrand est la plus belle rencontre du siècle. Je suis de celles qui chantent la chanson du cake d’amour lorsqu’elles font un gâteau, et qui attendent leur prince une fois le gâteau terminé.

Le jour où j’ai rencontré l’homme de ma vie, j’avais fait connaissance, le matin même,  avec Delphine, Solange, Maxence, Yvonne, Andrew Miller et Monsieur Dame, les personnages des Demoiselles de Rochefort. Après coup, j’ai eu l’impression que le film faisait écho à l’épilogue heureux de mon existence, puisque comme tous les personnages du film, j’avais trouvé l’amour.

Mais il faut savoir que le cinéma de Jacques Demy n’est pas qu’un assortiment de bonbons dont la saveur passe aussitôt le sucre évanoui. Chez Demy, tout est plus juste et nuancé qu’il n’y paraît. Les demoiselles de Rochefort, c’est aussi l’histoire d’artistes qui attrapent ou ratent certains rendez-vous de la vie, à commencer par Yvonne, qui a perdu l’amour deux fois et passé sa vie à faire des frites pour faire de ses filles des érudites : Solange, qui vit de leçons de solfège, et Delphine, qui enseigne la danse. Il y a aussi Andrew Miller, le musicien qui a réussi, sans trouver l’amour; et son pendant, Monsieur Dame, musicien converti en vendeur de pianos, qui a connu l’amour et l’a perdu. Finalement, il y a Maxence, qui a peint la femme idéale et qui la cherche encore. Or le récit se conclut sur la rencontre entre Andrew Miller et Solange, les retrouvailles entre Yvonne et Monsieur Dame, mais reste flou sur ce qu’il advient de Maxence et Delphine. On voit seulement Maxence monter dans le camion où Delphine est entrée quelques instants avant. Demy réserve à Maxence et Delphine le destin le plus magnifique, la recherche de l’idéal, et la découverte, sinon de l’autre, de leur véritable destin. Pourquoi, alors, les condamner simplement à un amour éternel, ou le leur refuser ? Le film s’achève donc sur cette rencontre suggérée, mais non réalisée.

Les films de Jacques Demy sont des histoires qui se racontent bien aux petites filles, mais qui ne déçoivent pas les grandes. Malheureusement, la musique de Michel Legrand sert aussi à vendre du parfum….et nous, les princesses habituées de croire que cette musique les guidera dans un monde beau, vrai, et élaboré avec intelligence, tombons joyeusement dans le panneau.

Littérature

Moment automatiste

Au moment de dormir, je suis une grande artiste. Quelques minutes avant de sombrer dans le sommeil, j’arrive enfin à concevoir des choses qui n’existent pas. Des visages que je ne peux qu’avoir inventés. Des situations qui ne ressemblent à rien que j’aie consciemment connu. Des objets dont je n’arriverais même pas à dire à quoi ils servent. Des pensées inutiles, et souvent même, inopérantes. Des histoires tordues qui appartiennent à la fiction. C’est ce moment qui me fait réaliser combien, dans ma vie de femme me laisse peu à penser, peu à créer. Mon cerveau est rempli de pensées ordinaires, de notions utiles, de détails du quotidien, et quand j’arrive enfin à l’arracher à ses habitudes, il cherche le beau, pour se consoler de l’utile.

Or le beau laisse peu de place à l’imagination. Quand je me concentre sur une phrase de Proust ou une chanson de Barbara, quand je vais voir le dernier Almodóvar au cinéma, quand je profite d’une matinée de printemps ou d’une lumineuse journée d’hiver pour m’évader de la maison, je ne suis pas une artiste. Je me console simplement de ne pas avoir une vie suffisamment créative, ou trop fatiguante, ou pas assez gaie.

Ce que je vois avant de dormir est d’un autre ordre. Ça n’est ni beau, ni édifiant, même pas logique. Mais c’est vital. C’est pourquoi, au fil du temps, je me plais à être de plus en plus consciente de mon moment automatiste. Pas que je veuille comprendre. Mais j’aime regarder. Je me laisse porter par les images, à moitié endormie. J’essaie parfois d’émerger pour avoir une vue d’ensemble, ce qui a pour effet d’annuler le processus. Mais j’essaie quand même. J’essaie d’entrouvrir pour observer, dans l’entrebâillement, la totale inconnue qu’est la pensée libérée de toute contrainte logique ou esthétique. Et en même temps, d’appréhender une autre totale inconnue, moi. Un être créatif qui se réveille dans le minuscule interstice entre la veille et le sommeil.

Vie de quartier

J’ai raison….et j’essaie d’arrêter

Les jours où je travaille, je suis dans la rue à sept heures trente, et je marche d’un bon pas vers l’arrêt de bus. Dès que je dois me frayer un chemin entre les passagers, je suis frappée par le mal du siècle : j’ai raison. Et les autres ont tort. Il y a toujours quelqu’un qui se trouve sur mon chemin (et qui est forcément trop lent) ou quelqu’un qui pousse derrière (un malappris qui veut tout faire trop vite).

Dans le métro, il y a toujours des individus qui gardent les yeux rivés sur leur téléphone pour être sûrs de ne pas voir les autres et incidemment, ceux qui pourraient avoir besoin d’un siège (j’ai subi cette indifférence pendant les trois derniers mois de ma grossesse), ou des étudiants qui parasitent l’ambiance avec le son résiduel de leur iPod. Je n’ai pas fait trois pas dans le wagon que je sais tout ça à l’avance, et pourtant, chaque jour, je me le répète plus ou moins longtemps : quels connards. Une fois au bureau, je reçois une pluie de courriels et d’appels de gens qui ont raison. Et qui bien souvent, ont besoin de me montrer que j’ai tort de quelque façon que ce soit pour faire valoir à quel point ils ont raison. Dans l’espace de mon bureau, je m’autorise à avoir tort. Car le client a toujours raison. Et que je perdrais beaucoup trop de temps et d’énergie si je passais mon temps à avoir raison.

C’est seulement après avoir passé la porte de la maison que je m’autorise à avoir de nouveau raison. Et à être critique. Face à ceux qui se sentent dans le droit absolu et continuel d’avoir raison. De s’affirmer. De commencer toutes leurs phrases par « Moi, je…. ». C’est le mal du siècle. Il faut trouver quelqu’un à détester, à critiquer, exister contre quelqu’un.

J’essaie d’arrêter. J’essaie d’ignorer les blâmes qui n’en sont pas et de me montrer tolérante envers ce que j’aurais tendance à blâmer. Ça marche. Ça marche avec les plus cons, ceux qui se ridiculisent à force d’avoir raison et qu’on n’a qu’à laisser s’enfoncer. C’est ça de pris. Ça marche aussi avec les gens qu’on aime et à qui on donne le droit d’avoir tort parce qu’on sait pourquoi ils réagissent de la sorte, on leur donne en quelque sorte le droit de nous blâmer pour leurs défauts parce que c’est la plus belle preuve d’amour qu’on puisse donner à quelqu’un.

Le plus difficile, c’est d’abdiquer par rapport à la barbarie consensuelle. Parce qu’on dit que si on devient tolérant avec ceux qui ne cèdent pas leur place aux femmes enceintes, ceux qui ne lâchent pas leur téléphone des yeux, ceux qui parlent fort avec un écouteur dans l’oreille (vivre leur petite féérie intérieure en dépit de la politesse la plus élémentaire), ceux qui attendent leur droit de réplique avec des insultes à la bouche, ceux qui pensent que la consommation est un droit qui prime sur tout, bref, si on tolère le narcissisme dans ses formes les plus courantes, il n’y aura bientôt plus de raison d’appeler ça une société. Parce que ce sera chacun pour soi, tout le temps, partout, et que ce sera invivable.

J’ai envie de faire une campagne publicitaire, une journée nationale, une page Facebook, qui s’appellerait : « J’ai raison…..et j’essaie d’arrêter ». Pour donner un break à tout le monde.