Féminisme, Zéro déchet

Les gardiennes

Supposons, que, comme, moi, vous décidiez de consommer autrement. Vous changez votre circuit d’approvisionnement pour générer moins de déchets, vous cuisinez quelque chose que vous achetiez autrefois, vous réparez un objet que vous auriez remplacé sans réfléchir ou vous prenez le temps de vous renseigner dans votre entourage pour voir s’il n’y aurait pas quelqu’un qui soit prêt à donner, vendre ou échanger l’objet recherché. Ce faisant, vous mettez, en moyenne, cinq à six heures par semaine pour diminuer votre empreinte écologique. Ce n’est pas tant que ça, mais ce temps, il faut aller le chercher ailleurs.

Entre le billet sur la charge mentale rédigé en début d’année et une discussion avec la blogueuse Lauraki qui disait que Non, le Zéro déchet n’ajoute rien à la charge mentale des femmes, j’ai eu l’occasion de réfléchir à la question, et j’en reviens toujours au même constat: les femmes prennent intuitivement l’initiative du Zéro Déchet parce qu’elles ont toujours été les gardiennes du cycle de vie des objets. Mes deux grand-mères cuisinaient, fabriquaient leurs vêtements, entretenaient leurs maisons, cultivaient. Leur travail n’était pas rémunéré mais il était essentiel; il rendait les repas plus nutritifs et meilleur marché, redonnait une seconde vie à des objets périmés quand il n’en créait pas carrément de nouveaux. Aujourd’hui, nous gaspillons souvent par manque de temps pour organiser nos ressources.

Dans une série documentaire de RAD sur la décroissance parue récemment, on souligne la nécessité d’arracher du temps au travail rémunéré pour élever nos enfants, réparer nos objets ou les échanger, cuisiner et prendre soin de l’espace domestique. Je le dis depuis que j’ai commencé le Zéro Déchet, il y a quelque chose de dérangeant à ralentir sa consommation; passer plus de temps dans la cuisine, plus d’emplettes, trier, réfléchir, organiser. Des tâches dont toutes les femmes se sont toujours bien accommodées…mais peut-être pas en faisant trente-cinq heures de travail rémunéré par semaine. La consommation massive d’aliments transformés, emballés et importé est la conséquence directe de notre manque de temps et d’intérêt pour les tâches domestiques. Et quand je dis notre, je ne parle pas de nous, les femmes, mais de nous, comme société.

Quand les femmes ont cessé d’être les gardiennes du travail domestique (j’aime le mot housekeeper qui tient en compte cette mission de protection)  pour épouser ce modèle social dans lequel deux conjoints occupent un emploi rémunéré à temps plein, nous avons généré un énorme problème. Nos horaires surchargés se sont accommodés de la surconsommation et du suremballage. Nous aurions du, au contraire, impliquer les hommes dans l’équation, les intéresser au travail domestique et répartir les heures partagées entre le travail domestique (dit invisible) et le travail rémunéré autrement.

Le mouvement Zéro Déchet est une réponse logique et positive à la surconsommation, mais je suis profondément dérangée par le fait que cette réponse soit genrée, voire stéréotypée, en faisant encore la preuve que les tâches domestiques reviennent aux femmes. Tant que les déchets tenaient dans de bons gros sac verts, popa pouvait s’en occuper. Mais on sait très bien qui remplit le bac vert et le  bac brun….

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1 réflexion au sujet de “Les gardiennes”

  1. Tu n’es pas la seule à remarquer ça, je vois de plus en plus de femmes souligner cet aspect genré et tant mieux je pense ! J’ai recensé plusieurs de ces articles dans mes revues de web. Je trouve que la discussion est très intéressante et qu’on gagne à rendre visible le problème

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