Archives mensuelles : mai 2013

Je ne suis pas une bourgeoise

« On est tous le bourgeois de quelqu’un »

« Je trouve ça malaisant (sic) de voir quelqu’une qui se plaint que son quartier s’est embourgeoisé quand elle s’en va faire la même chose dans Hochelag.»

« Pour nous, c’est vous la bourgeoise »

Depuis la publication de mon billet sur l’embourgeoisement de Rosemont il y a un mois, j’ai reçu un nombre record de visites sur ma page et aussi un nombre important de critiques venant de gens qui voient d’un mauvais œil l’installation de nouveaux acheteurs dans Hochelaga. Peu après la publication de mon billet, des actes de vandalismes à la place Valois sont venus renforcer l’impression que les inégalités sociales attisent la colère de certains résidents du quartier.

Parlons d’abord de la conclusion de mon billet, celui qui m’a valu tant de critiques. « …la réputation de HoMa s’améliore, la gentrification ne l’a pas encore atteint. » Quelques jours avant d’écrire ce billet, j’avais écouté une entrevue avec l’urbaniste Paul Lewis à Samedi et rien d’autre sur les ondes de Radio-Canada. Selon ce spécialiste, qui avait acheté une maison à Hochelaga-Maisonneuve dans les années 80 en se faisant promettre que le quartier était le prochain Plateau, il avait observé une lente modification du quartier au lieu du boum immobilier espéré. Il observait à présent une faune différente, composée de familles de classe moyenne, d’étudiants et de jeunes professionnels qui s’y installaient. J’ai moi-même fréquenté la promenade Ontario et constaté qu’elle est animée par une énergie différente que la promenade Masson. Masson s’embourgeoise, littéralement. Le hipster est roi à Rosemont. Peut-on dire qu’Hochelaga est bourgeoise simplement parce que la population change ? L’origine de l’anglicisme gentrification, gentry, fait référence à la petite noblesse. La gentrification est ce qui se produit lorsqu’une classe sociale mieux nantie qui s’approprie un quartier, ce qui n’est pas tout à fait le cas dans HoMa. Quand la classe moyenne investit un quartier défavorisé, elle fréquente les services de proximité, le dépanneur, l’épicerie, la quincaillerie, le Jean Coutu, le café, sans pour le moins réclamer des épiceries fines et des bars branchés. C’est une mixité qui profite aux commerçants du coin sans nuire aux moins gâtés.

Par ailleurs, je ne suis pas une bourgeoise. Avez-vous lu le titre mon billet ? J’appartiens à classe moyenne et j’en suis fière, d’autant plus que je me bas depuis 10 ans pour me hisser au-dessus du seuil de la pauvreté. Je comprends les locataires d’Hochelaga qui ont  mal au cœur de voir le prix des logements augmenter lorsqu’ils sont limités dans leur budget. Mais la famille de classe moyenne capable de se payer un condo, une fois son hypothèque payée, vivra avec les mêmes restrictions budgétaires que le ménage à faible revenu.

Voilà pourquoi je continue de dire haut et fort que je ne suis pas une bourgeoise.