Où va la classe moyenne ?

Rosemont

Quand j’ai quitté le Plateau pour m’établir près de la promenade Masson il y a deux ans, le quartier offrait énormément d’avantages à ma famille à revenu modeste : un logement de 7 pièces, une cour, tous les services de proximité et un voisinage sympathique. Vu le loyer raisonnable, j’ai aussi eu droit à un appartement décati, beaucoup de saleté accumulée, de la vermine et des moisissures. Mais c’était peu considérant tous les bénéfices que je gagnais au change, et une fois l’appartement dûment retapé,  j’ai pu apprécier, en compagnie de ma fille et mon mari, les mille et uns bonheurs qu’offraient la ruelle, les parcs, les piscines, la garderie à un jet de pierre, tout ça à quelques minutes du centre-ville.

Une fois passé le cap du revenu moyen et prête à devenir propriétaire, j’ai constaté avec stupeur que les prix avaient augmenté à un point tel que mon ménage ne pouvait plus se permettre le quartier. Nous avons spontanément mis le cap sur Hochelaga, un coin plus abordable qui, à proximité de la rue Ontario, offre les mêmes avantages que Rosemont. Déménagement prévu dans six semaines. Je pleure le nid d’amour que j’ai construit dans cet agréable voisinage. Un peu amère, je me plais à dédaigner le quartier qui ne veut plus de moi. Il est sale, bondé et les voitures s’y entassent. Les taxes explosent. Les bars grouillent de bobos.

Où va la classe moyenne ? Un fossé se creuse dans Rosemont. D’un côté, les familles à faible revenus qui restent locataires, de l’autre, les bourgeois qui s’installent dans des condos ou des maisons retapées à grand frais. Je crains que Rosemont devienne ce qu’était le plateau quand je l’ai quitté en 2011 : un quartier de retraités et de professionnels branchés qui essaient tant bien que mal de cohabiter avec les tatoués du coin.

Alors, en route vers le nouvel Eldorado, HoMa, qu’on annonce depuis près de trente ans comme le prochain quartier d’avenir. Si sa réputation s’améliore, la gentrification ne l’a heureusement pas encore atteint. Qu’elle prenne son temps.

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À propos de Marianne Villeneuve

Diplômée en littérature comparée, Marianne Villeneuve vit à Montréal. Elle est attachée de presse aux Éditions Hurtubise. Voir tous les articles par Marianne Villeneuve

8 responses to “Où va la classe moyenne ?

  • Natalie

    Je quitte aussi Rosemont… J’ai fait le choix, après avoir été propriétaire à trois reprises, de redevenir locataire. J’ai un bel appartement près de l’avenue Masson que je paie grassement. Cependant, mon propriétaire, ayant vu les prix exploser, a décidé de m’augmenter encore et encore. Résultat: je m’en retourne vers le Plateau, parce qu’à ce prix-là, je veux au moins une station de métro à proximité (et que soyons francs, tant qu’à payer les prix du Plateau, aussi bien y habiter). Moi aussi, Rosemont me manquera. Ciao ma belle!

  • Magalie

    Même chose pour nous! On a quitté Rosemont l’an passé pour venir s’installer dans Hochelaga.

    Marianne vous ne changerez pas du tout au tout, une arrivée massive de professionnels bobos habitent les nouveaux condos près de Ontario. Il s’agit d’un réalité maintenant très montréalaise, il va falloir acheter à Longueuil après ?

  • Cannelle

    Faut bien ne pas venir d’Hochelaga-Maisonneuve pour dire que la gentrification ne l’a pas atteint. Vous croyez que de partir du Plateau ou de Rosemont pour s’installer dans notre quartier populaire, ce n’est pas de la gentrification? Vous êtes justement de ceux qui trouvent ça abordable un 4 1/2 à 650$ parce que c’est moins cher qu’ailleurs. J’aimerais savoir combien vous allez louer vos appartements, parce que vous achetez très probablement un immeuble à revenu. Je suis désolée de vous l’apprendre, mais ici, pour moi la native d’Hochelaga, c’est vous la bourgeoise.

  • chirstophe

    j’Habite Hochelaga (en fait Maisonneuve) depuis 5 ans. il y a eu au moins 30 projets de condo dans le quartier. Vu les restaurants de luxe qui s’ouvrent, je peux dire que oui la gentrification est arrivée dans Hochelaga.

  • Claudia

    Oups, faites un peu plus de recherches. Hochelaga (j’y habite depuis 4 ans) est maintenant synonyme de gentrification (et beaucoup plus rapide que le Plateau). Je ne vais pas vous taper sur les doigts car je suis responsable de ce changement comme tous les nouveaux proprios de condos du quartier.

  • Javi

    Je trouve ça malaisant de voir quelqu’une qui se plaint que son quartier s’est embourgeoisé quand elle s’en va faire la même chose dans Hochelag.

  • Je ne suis pas une bourgeoise | Castor en eau froide

    […] l’écriture de mon billet sur la gentrification de Rosemont il y a un mois, j’ai reçu un nombre record de visites sur ma page et aussi un nombre important de […]

  • Hochelaga, mon milieu de vie | Castor en eau froide

    […] fais partie du clan des méchants, les jeunes familles propriétaires de condos récemment débarqués dans le quartier. Je suis une citoyenne engagée, le genre qui signale aux élus tout ce qui ne va pas, qui […]

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