Mariage, Recettes

La tendresse et les pâtes

J’aime faire des pâtes à mon mari. Nous en mangeons presque tous les jours. Peu importe la recette, j’ai toujours droit au même sourire heureux quand je lui tends l’assiette fumante. Et au même baiser gourmand sur lequel je ne me fais aucune illusion : la bouche est déjà prête à recevoir la fourchette, elle ne fait qu’obéir au rituel du bonheur de manger.

Au-dessus d’un bol de spaghetti sauce bolognaise, aujourd’hui, j’ai déclaré : « Je t’aime fort et tendrement». La phrase l’a rendu suspicieux, sans qu’il avale pour autant une seule bouchée de travers. Entre deux bouchées, il me fait comprendre que l’amour passionné lui semble nettement plus puissant que l’amour tendre. Je me surprends alors à lui réciter presque d’un trait un credo auquel je n’avais pas même réfléchi: l’amour tendresse est nettement au-dessus de la passion. Quand on aime tendrement, on n’a pas besoin de faire l’amour, d’embrasser ou d’être collé à l’autre pour se sentir bien. On ne cherche pas à surveiller, à contrôler. On sent quand l’autre est dans la pièce. On sent son regard, son amour impalpable. On supporte mieux qu’il soit ailleurs, parce qu’on sait qu’il va revenir. On aime ses défauts. On l’aime même un peu plus quand ses faiblesses surgissent. L’amour tendresse est basé sur la connaissance de l’autre, l’amour passion se nourrit d’incertitudes. L’amour passion n’est pas plus fort, il est plus destructeur. Il repose sur des chimères, des instants fugaces, des paroles lâchées par hasard. Il s’alimente de rêveries et de coïncidences. Par chance, parfois, il aboutit à une union heureuse, quand il ne reste que la tendresse. L’amour tendre, lui, se bâtit au fil des affirmations, des engagements, des gestes concrets.

L’amour passion est comparable au chocolat; il fait vivre de brefs moments d’égarement délectables, aussitôt suivis d’une envie de recommencer; si on cède à cette envie à répétition, c’est l’écœurement garanti. L’amour tendresse est comme un bol de pâtes. On le respire pendant qu’il mijote, on le remue voluptueusement avant de le manger, et on s’en délecte à chaque bouchée. Il laisse une sensation agréable de satiété qui dure des heures. Et qui recommence jour après jour. Sans qu’on s’en lasse.

Fière de mon exposé, je peux enfin plonger ma fourchette dans mon bol devenu tiède. Et l’entendre me demander : «  Il reste des pâtes ? »

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