Médias, société, Travail

Les malheurs d’une attachée de presse ou la fin de la communication

Je vis d’un art qui se dégrade, celui de communiquer. Je travaille dans une industrie qui s’essouffle, parce qu’elle n’est plus supportée par des communicateurs efficaces. On a cru à tort que les technologies de la communication deviendraient nos meilleures alliées. Et maintenant que nous les avons adoptées, des comportements inadéquats se sont développés autour de ces faux amis. J’aimerais croire que le comportement humain va s’ajuster avec un peu de retard à la nouveauté. Mais pour l’instant, je constate qu’une foule d’inventions géniales se retrouvent entre les mains de complets abrutis qui en font usage avec une grande immaturité.

La première tendance que je constate, c’est la conséquence toute simple de la quantité de messages envoyés et reçus; la moitié se perdent et n’ont jamais de réponses. Boîte vocale, courriel, Facebook, Myspace, probablement doublés par l’utilisation d’un téléphone intelligent, rien n’y fait; le destinataire n’est pas au rendez-vous. La deuxième tendance lourde, c’est l’incapacité de lire. «Bonjour Michel, as-tu lu mon courriel ?»«Oui, non, enfin, je l’ai vu passer, peux-tu me rafraîchir la mémoire ?» Et moi de répéter mon pitch au journaliste. Une fois que c’est fait, à tous les coups, on me répond : «Écris-moi tout ça dans un courriel, sinon je vais l’oublier». Il faut donc tripler, voire même quadrupler les messages pour arriver à un résultat. Et je ne parle même pas de la science d’écrire un communiqué, de mettre les bonnes informations en évidence pour que le titre soit évocateur, d’utiliser le premier paragraphe pour passer un maximum d’infos utiles, et de tout mettre en forme afin que la lecture ne soit pas trop pénible au lecteur. Autrement dit, c’est tout mâché, déjà, pour nos lecteurs inondés d’informations. Ils n’ont pas d’excuse, et pourtant…

L’autre progrès devenu un must, c’est le dossier de presse disponible en ligne. Le Myspace, à ce chapitre, est un incontournable en musique. Là ou ça se corse, c’est lorsqu’il est pris, à tort, comme un remplacement au disque, à l’attaché de presse, au label. Il n’y a souvent rien pour moi dans un Myspace. Je ne peux pas utiliser la musique pour l’envoyer aux radios, la bio n’est pas à jour ou usée à la corde, l’artiste n’a ni label, ni courriel, ni contact. J’écris néanmoins un petit mot à l’interprète via ce qu’il faut bien appeler sa page web, et devinez quoi ? Pas de réponse, réponse partielle, réponse imprécise, j’ai droit à tous les échantillons d’une mauvaise gestion de l’information. On a promis aux artistes qu’ils pourraient devenir leur propre attaché de presse grâce à Myspace, mais le hic, c’est qu’un artiste n’est pas nécessairement un bon communicateur. Et même s’il l’est, il n’est certainement pas toujours le meilleur défenseur de son travail auprès des protagonistes de l’industrie.

Et je ne parle pas ici des agendas en lignes, le truc censé économiser du temps à tout le monde, et qui devient prétexte à tous les imbroglios de la terre, de sorte qu’il faut inévitablement organiser des réunions pour tout mettre au clair point par point.

Je ne suis pas sceptique par rapport aux technologies de l’information, bien au contraire. J’en fais bon usage, je m’y réfère constamment, je multiplie les plateformes, même. Mais dans mon métier comme dans ma vie privée, je constate qu’il n’y a rien comme le bon vieux bouche-à-oreille pour arriver à ses fins. Mes meilleurs amis sont ceux qui retournent automatiquement mes appels; mes meilleurs alliés, dans le métier, sont ceux qui prennent régulièrement le téléphone ou le clavier pour me tenir au courant de leur travail, me remercier du mien et me lancer sur de nouvelles pistes. Mieux encore, ceux qui passent prendre des nouvelles. Ceux-là se reconnaîtront dans ce billet et comprendront à quel point j’aime mon métier. Pour ceux qui pourraient être vexés par le ton de cet article, je ne suis probablement qu’une voix sur un répondeur ou une adresse de courriel, ce qui me dispense de les ménager.

Pour me réconcilier avec les beaux côtés de mon travail, je vous laisse en musique avec un clip du groupe belge BaliMurphy, qui sera au Coup de Coeur francophone la semaine prochaine, et qui a un formidable attaché de presse!

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