Économie, consommation, Urbanisme

Le village de Vincent

Dans ma petite ville y sont pu rien que trois mille
Pis la rue principale est devenue ben tranquille
L’épicerie est partie le cinéma aussi
Et le motel est démoli
Quand j’y retourne ça me fait assez mal!
Y’est tombé une bombe sur la rue principale
Depuis qu’y ont construit le centre d’achat!

La rue Laurier est et ses environs est l’un des derniers villages du Québec. C’est l’un des seuls coins de la belle province où l’on trouve encore majoritairement des petits commerçants qui offrent des services de proximité : cordonnier, nettoyeur, esthéticienne, chocolatier, boulanger, épicier. Bien sûr, la rue Laurier a aussi son Jean-Coutu et son Métro. Mais ces grosses bannières sont locales, et après tout, elles comblent elles aussi des besoins quotidiens. À l’inverse, la rue Mont-Royal, la voisine de Laurier, a perdu sa vocation de rue principale. Elle a été envahie par des chaînes comme Yellow, Tim Horton, Starbucks, Tristan, l’Aubainerie, Subway, Ardene, amenant avec eux une pléthore de petits commerçants qui se développent en se nourrissant des restes des gros joueurs. Une multitude d’enseignes de sushis, sandwichs et accessoires made in china venus profiter du miracle économique qu’est devenue la rue des Gérald Godin, Michel Tremblay et Gaston Miron.

On pourrait croire que les régions s’en tirent à meilleur compte. C’est pire. Je pense à la rue St-Dominique à Jonquière ou au petit centre-ville d’Arvida où, quand j’étais petite, il y avait encore une SAQ et un grand magasin de détail. Partout au Saguenay, on a ouvert de gros centres qui ne sont accessibles qu’en voiture, avec pharmacie et épicerie, sans parler des magasins Wal-Mart de Jonquière et Chicoutimi qui ont signé l’arrêt de mort de plusieurs petites librairies, pharmacies, magasins de sports. Pour chaque commerçant dont la tête est tombée, on a créé un employé payé au salaire minimum, non-syndiqué, et sans pouvoir décisionnel dans l’entreprise. Mais ce qui compte pour la plupart des ménages, c’est de pouvoir acheter plus et à meilleur prix. Alors on se console de l’appauvrissement de la culture locale en profitant des offres imbattables du gros joueur de l’économie.

La rue Laurier a gardé ce petit quelque chose d’unique. On fait tout à pied. On connaît le boucher qui fait notre sandwich, on dit bonjour à notre coiffeuse en sortant faire les courses. On croise des amis sur la rue. On jase avec Carole et Claude du café Les Entretiens et on salue Ylva, la fée des lampes, à travers sa vitrine. Mais on remarque avec inquiétude que seuls les retraités et les Européens peuvent maintenant s’offrir le luxe d’acheter sur Laurier. Un matin, on apprend que Vincent SousMarins va devenir un gros projet de condo, possiblement avec un Starbucks au rez-de-chaussée, pour combler la demande des fortunés qui s’intéressent maintenant au Plateau. Alors on se rallie au groupe de citoyens qui travaille pour éviter la catastrophe. Faites comme moi, et devenez fan de la page PROJET GRANGE VINCENT sur Facebook, ou mieux, rendez vous à la réunion ce soir, mardi 9 février à 19h, en écrivant au projetgrangevincent@yahoo.ca.

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