Philosophie, Psychologie, société, Télévision, Théâtre

Le grand amour et ce qui vient avec

Après avoir assisté à l’octroi du Golden Globe de la meilleure actrice de soutien à Chloë Sevigny pour son rôle dans Big Love, j’ai loué la première saison de la série, dont je suis devenue une adepte. Au départ, je croyais que Big Love ne serait qu’une histoire de banlieue un brin plus décalée que Desperate Housewives. Rappelons que les quatre personnages principaux sont membres de l’Église Fondamentaliste de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours et forment une famille unie par la polygamie. Bill, le patriarche, partage donc son temps entre Barbara, Nickie, Margene et leur progéniture respective. Les femmes se traitent mutuellement comme des sœurs. Selon moi, tout l’intérêt de la série repose sur la représentation de cette prouesse de vivre une union aussi atypique dans une société où même les mariages monogames ne survivent pas à la recherche du bonheur individuel.

Étant moi-même sur le point de convoler en justes noces, je suis emballée qu’une série télévisée réfléchisse au sens du bonheur conjugal dans notre société profondément matérialiste. Dans le mariage, il faut d’abord envisager que le sentiment amoureux va inévitablement se transformer. Qu’après les quelques années qui suivent le coup de foudre, on vivra un amour différent qui n’est pas composé uniquement de dîners aux chandelles et de longues matinées au lit. Dans cette relation, il y aura des enfants qui nous volent des heures de sommeil, des amis qui aimeraient qu’on leur accorde plus de temps, des parents à visiter, des emplois qui défient notre capacité d’organisation, des appartements, des fêtes, des maladies, de grands malheurs et de petits bonheurs. Or, je remarque que la conception populaire du mariage est noyée dans le romantisme du plus bas niveau et que la représentation de ces noces en rose et blanc n’est conçue que pour accentuer l’événement lui-même, le couple qui le célèbre et l’aspect le plus superficiel de l’amour qu’ils se portent, basé sur leur bonheur, leur jeunesse et leur beauté. Or, quand deux personnes se marient, il faudrait qu’ils envisagent de s’aimer encore lorsqu’ils seront malheureux, vieux, moches et malades.

C’est pour ça que j’aime Bill et ses trois épouses. Leur histoire est conçue comme un conte social qui impose une réflexion nouvelle sur le sens du mariage : au-delà de l’amour que se portent les époux, le mariage fait partie d’un projet de vie qui perdure au sentiment amoureux dans sa simple expression romantique. Les défis du couple sont nombreux, et quand l’union est atypique, ceux-ci se multiplient. Qu’on pense seulement aux couples du même sexe, aux couples infertiles, aux couples interraciaux, aux couples ouverts, aux couples ne vivant pas sous le même toit, aux couples à la tête  d’une famille reconstituée. Si bizarre que soit la famille de Big Love, elle constitue un modèle pertinent pour réfléchir aux difficultés rencontrées par les couples à l’heure actuelle.

Pourquoi est-ce que je me livre à cette réflexion sur le mariage ? J’ai fait un tour au salon de la mariée cet après-midi, et que je n’y ai pas fait la moindre trouvaille susceptible de figurer au programme de ma noce. Je ne reconnais pas l’amour que je porte à mon fiancé dans cette déferlante de pâtisseries, de traiteurs, de robes et de services tous plus saugrenus les uns que les autres. Je ne comprends pas qu’on puisse enfermer une célébration si cruciale dans du tissus rose fait en chine et le couvrir de fleurs artificielles. Aussi, dans les prochaines semaines, je vais m’employer à faire le plan de cette cérémonie particulière qui initiera ma nouvelle vie.

Un dernier mot sur l’amour avant de conclure. Cette fin de semaine, j’ai assisté au spectacle Big 3rd Episode de Superamas à l’Usine C. Le spectacle multidisciplinaire propose une illustration stéréotypée des idées véhiculées par la musique, le cinéma et la télé. Les scènes jouées et filmées sont entrecoupées, notamment, de témoignages de Boris Cyrulnik et Jacques Derrida sur le traumatisme que constitue l’amour dans une société comme la nôtre, basée sur le bonheur personnel. En gros, le psychiatre et le philosophe décrivent un sujet paniqué par l’apparition du sentiment amoureux qui menace son autonomie, sa jouissance. Voilà qui est intéressant. C’est peut-être un début de réponse à la question que je posais dans le premier article publié sur cette page à propos des hommes québécois, et ça explique également notre propension à noyer le sérieux du mariage sous une montagne de taffetas et de confettis. N’empêche, c’est bien dommage.

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