condition féminine, Masculinité, société

Ces hommes en colère

Il était une fois une femme, appelons-la Marie-Hélène, qui vivait avec un homme colérique; appelons-le Frank. Sa vie était réglée pour parer à ses explosions quotidiennes de mauvaise foi. Dès le matin, elle avait pris l’habitude de se lever avant lui, pour ne pas obstruer la douche au moment où il se réveillerait. En outre, elle faisait le café pendant que lui faisait sa toilette. Beaucoup de café, parce qu’un jour il n’y en avait pas eu assez pour sa deuxième tasse et il avait été fâché, étonnamment fâché pour si peu. Même l’abonnement au journal était problématique. Elle l’avait pris parce qu’il avait l’habitude de l’acheter en partant travailler. Mais dès la première livraison il avait montré de l’irritation parce qu’elle l’avait ouvert devant elle au moment où il partait. « Tu dis l’acheter pour moi, mais ça ne sert à rien puisqu’au moment où j’en ai besoin tu es en train de le lire. » Elle avait dû se résigner à lui céder le journal au moment de son départ.

Après deux mois de cohabitation, elle avait cédé tellement de terrain qu’elle ne se sentait plus chez elle. Tous ses gestes étaient une défense contre une colère éventuelle. En plus de ses remarques négatives, il avait cessé de lui adresser les petits mots tendres que l’on se dit au début. « Ce repas est excellent » « Tu es vraiment formidable » « Je t’ai trouvée gentille ce matin » « Merci pour le support ». Bref, il s’était fondu dans son quotidien et l’avait totalement mise au pas. Maintenant il la prenait pour acquise. Comment avait-il réussi à faire si vite ? Elle avait peur. Pas peur de lui, mais de ses colères.

Néanmoins, un soir, elle avait pris son courage à deux mains et avait mis fin à cette relation, en lui disant avec sincérité : « La vie avec toi m’est insupportable. Tu es toujours en colère, et moi, je suis épuisée, je ne suis plus moi-même. » Les choses sont parfois bien faites. Si cette relation avait pu grandir doucement et s’épanouir avant qu’ils plongent dans le quotidien, elle aurait peut-être connu des moments forts avec lui avant que tout se gâte et qu’elle cesse de l’aimer. Mais ils s’étaient installés ensemble deux mois après leur rencontre et les hostilités avaient débuté aussitôt. Résultat, elle l’avait flanqué à la porte avec soulagement. Et lui, pour une fois, avait montré plus de surprise que de colère.

« Je vivais comme une femme battue », dirait-t-elle plus tard à ses amies. L’image qu’elle a alors en tête est celle du personnage de Julia Roberts dans Sleeping with my ennemy. L’histoire tragique de cette femme qui vit avec un homme violent obsédé par l’ordre. Elle est constamment mue dans la peur de recevoir une raclée en cas d’échec culinaire ou de cafouillage ménager. Marie-Hélène sait que Frank n’aurait jamais levé la main sur elle, mais le résultat était le même : elle vivait dans la peur qu’il soit mécontent et qu’elle en subisse les conséquences.

Démystifier la colère

À supposer qu’on aime son mari, comment sauver les meubles lorsque l’on vit avec un homme en colère ? La solution n’est certainement pas de céder à la peur, comme Marie-Hélène. Le dénouement du récit démontre que la seule fois où elle s’est montré sincère, elle n’a pas eu un retour négatif : elle a obtenu ce qu’elle voulait sans susciter de colère. Par ailleurs, toutes les concessions faites au bonheur de son partenaire ont été inutiles puisqu’il a reporté son agressivité sur d’autres objets. Ce qui nous permet de supposer qu’il n’était pas irrité à cause de la douche, du café ou du journal mais bien par autre chose : soit il n’aimait pas son travail et anticipait une journée difficile, soit il n’avait pas assez dormi, soit il avait bu une bière de trop la veille, ou toutes ces réponses, ou aucune; mais Marie-Hélène n’y pouvait rien. En revanche, elle aurait pu l’écouter s’il avait su s’exprimer adéquatement.

Ce qui m’amène une fois de plus à citer Dr Zilbergeld, l’auteur du livre The New Male Sexuality, chapitre 10, Expressing Yourself, p.134:

Parce que la colère est l’un des rares sentiments que les hommes se donnent le droit de manifester, elle se présente souvent pour masquer d’autres sentiments, particulièrement ceux qui pourraient les faire passer pour des faibles. C’est tellement plus facile de montrer de la colère que n’importe quel autre sentiment.

Le reste du chapitre porte sur les façons d’apprendre à reconnaître ses émotions et à les manifester adéquatement. « Je suis anxieux ce matin. Je déteste mon travail depuis quelques temps. » « Je me sens frustré de n’être pas reconnu pour mes efforts. » « J’ai peur de te perdre. » De petites phrases qui auraient pu éviter à Frank de passer ses nerfs sur Marie-Hélène et permettre à cette dernière de se lever quand il lui aurait plu pour boire son café tranquillement.

En lisant ce chapitre, j’ai aussi eu une pensée pour les femmes vitriolées au Moyen-Orient, notamment au Bangladesh, au Pakistan et en Iran. Les lieux où la domination masculine est passablement acquise sont ceux où les femmes subissent les traitements les plus violents. À croire qu’en admettant la domination masculine, en cédant notre liberté, on ne freine pas la colère des hommes. Pourquoi ? Parce que la colère n’est qu’une manifestation relativement vaine du large spectre émotif masculin. Et que socialement, y a énormément de travail à faire pour que les hommes s’expriment de toutes les façons possible, et que pour la colère ait une fin.

Équivalences au mot fâché : navré, affligé, attristé, consterné, désolé, abattu, coupable, anxieux, apeuré, angoissé, frustré, irrité.

Actualités : Le film La Domination Masculine prend l’affiche ce vendredi, 22 janvier, au Cinéma Beaubien.

Publicités

1 thought on “Ces hommes en colère”

  1. mon proprietaire me crie des insultes dehors devant mes enfans parceque je quitte pour un loyer a prix modique. j en nai peur je ne suis pas sa conjointe moi je suis locataire. de plus jai ete faire son dossier criminelle et il nest pas blanc comme neige. 12 dossiers ont ete repertorie avec sa date de naissance. il me reste un mois a l endurer oufff. merci de me recrire, la regie du logment m appuie je suis 100 pour cent legale et je ne lui doit pas une cenne noire. mct

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s