Cinéma, société

Bernard Émond et la résilience

L’année est à peine commencée et j’ai déjà élu mon film préféré de 2010. La Donation, un film lumineux, porteur d’espoir.

Jeanne Dion, le médecin de La Neuvaine, se rend en Abitibi pour remplacer Dr Rainville, le généraliste d’une petite commune du Nord. « Votre salaire sera petit, mais vous gagnerez en humanité. Vous apprendrez à aimez vos semblables, à soulager leurs misères. Vous prendrez le temps de faire des visites à domicile parce que vous aurez une petite clientèle.» C’est ce que dit, à peu de choses près, Dr Rainville à Jeanne.

Au terme d’une visite, Dr. Rainville arrête la voiture au milieu de nulle part. Devant une mine qu’on a dissimulée en la surmontant d’un bosquet, Jeanne dit : « C’est beau ». Et Dr. Rainville : «C’est austère. Ça ne plaît pas à tout le monde. » C’est comme ça qu’on entre chez Bernard Émond. Avec sobriété, intelligence et une grande humilité. Et on l’écoute nous parler, avec une lenteur infinie, de charité, de miséricorde.

Plus tard dans le film, Dr Rainville lèguera sa pratique à Dr Dion. Voilà comment cette communauté s’organise. On y lègue, entre autres professions ou propriétés, les problèmes propres à toutes les petites sociétés : toxicomanie, le chômage, les problèmes familiaux. Et, doucement, on comprend de quoi est fait ce personnage qui évolue d’un désastre à l’autre.

On est à des milles de Slumdog Millionnaire, ce conte de fée nocif dans lequel la résilience est mise au service d’un individu qui ne souhaite que s’élever socialement et mettre en bloc la misère derrière lui. Dans La Donation, l’individu se réinvente par nécessité, avec et non contre la société. Sa capacité d’adaptation est renforcée par la certitude de faire œuvre utile. Ce n’est pas seulement admirable : c’est aussi foutrement utile par ces temps tragiques. Je pense à Haïti, à l’Afrique, à la crise, à la pauvreté qui gagne du terrain même dans nos pays nordiques.

La trilogie spirituelle de Bernard Émond est désormais complète; au passage, le cinéaste a déclenché une réflexion sur des valeurs que l’on croyait disparues; la tempérance, la charité, le renoncement. Et comme si de rien n’était, il m’a réconciliée avec mon héritage catholique.

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