Cinéma, Médias

Xavier Dolan ou les faux bons films

J’ai finalement vu J’ai tué ma mère hier. C’est une grosse déception. Je suis totalement tombée dans le panneau de la redite médiatique. J’ai été sensible à l’effet Cannes; j’ai vu partout la bouille de Xavier Dolan en juin; je me suis rappelé son existence en fin d’année, avec l’excellent sketch où Marc Labrèche campe une Christiane Charrette électrisée de recevoir un « homosexuel myope » en studio. Et, finalement, lorsque le Toronto Film Critics Associations lui a décerné le prix Jay Scott pour la relève, j’ai aussi voulu me faire ma propre idée de Xavier Dolan, ce cinéaste dont tout le monde parle.

Le film est toujours à l’affiche du cinéma Beaubien, et même en après-midi, la petite salle accueille une audience respectable. Mais au prix de quel ennui. Un garçon narcissique, colérique, gâté même, qui étale ses crises au grand écran avec plus d’emprunts que de traits qui lui soient propre. Malgré quelques beaux dialogues et la performance d’Anne Dorval, je n’ai pas été convaincue par le récit, qui tient à peu de rebondissements, et qui n’avance qu’au fil des colères que le jeune Hubert pique quotidiennement à sa mère. J’ai même trouvé le temps long, bien que le film ne dure qu’une heure cinquante.

Xavier Dolan est un cinéaste prometteur qui vient de faire son premier film. Porté par son succès à Cannes, il a été reçu en roi dans un petit pays qui ne produit que quelques bons films par année, et faute d’autres bons films d’ici pour éclipser son succès, il continue de faire des vagues. J’ai l’impression de revivre l’imposture de La Grande Séduction, ce faux bon film.

Je me rappelle du moment où j’ai réalisé qu’Un Baiser sil vous plait était un mauvais film. Lorsque Cinéplex Odéon l’avait retiré de sa programmation pour faire pression sur le distributeur, tous les critiques de cinéma du Québec avaient pris part à un débat enflammé sur le droit des petites salles à programmer des grosses sorties internationales. Comme J’ai tué ma mère, Un Baiser sil vous plait était l’œuvre d’un seul homme, Emmanuel Mouret, réalisateur-scénariste-comédien. Le film, quoique bien écrit, était convenu, verbeux, et sans véritable mérite. En rentrant de la projection de presse, j’ai appelé la relationiste pour annuler les entrevues que j’avais prévu faire le lendemain avec Virginie Ledoyen et Emmanuel Mouret en vue de leur diffusion à mon émission à CIBL. Le 2 mai 2008, j’avais préféré présenter une entrevue de Jeanne Crépeau sur son nouveau film, Suivre Catherine. La semaine suivante, j’avais prévu présenter une brève critique du film mais j’avais réalisé une longue entrevue avec Monique Simard pour la sortie du film Le monde selon Lula des productions Virage et j’avais laissé tombé. Mais cette semaine-là, mes collègues des grands médias avaient parlé à pleines pages de leurs rencontres avec Emmanuel Mouret et dudit film. Je m’étais sentie trahie par le consensus critique. Cette semaine-là, mon émission a porté sur deux bons films québécois alors que l’événement de l’heure était le film d’Emmanuel Mouret.

Tel est le pouvoir des médias; nous dicter, en dépit du gros bon sens et de notre goût personnel, la chose à voir ou à faire.

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