société, Télévision

Pourquoi les Québécoises n’épousent pas des hommes d’ici?

Au cours de la décennie 2000-2010, soit durant toute ma vingtaine, j’ai fréquenté plusieurs hommes, en grande majorité des québécois, et ces relations ont été pour la plupart stériles, voire même frustrantes, malgré la grande connivence et l’immense affection que je nourrissais envers ces hommes. À l’aube de la trentaine, j’ai croisé un jeune homme d’origine Belge dans les couloirs de la cinémathèque, et cette rencontre a déboulé sur un coup de foudre, suivi d’un emménagement rapide dudit Belge dans ma demeure. Un an plus tard, l’affaire débouchait sur des fiançailles avec projet de bébé à la clé.

En faisant la grande annonce à mes copines, je me suis avisée d’un détail curieux. Mon amie Delphine avait épousé un français, Sophia un espagnol; Julie a plié bagage deux ans plus tôt pour s’installer à en région avec son mari Ontarien. En regardant la conclusion de la série Les hauts et les bas de Sophie Paquin, je notai qu’elle devait faire son choix de mari entre un Torontois ou un Newyorkais. J’eus immédiatement la sensation désagréable que l’on a lorsqu’on arrive à une fête avec une robe que l’on croit criante d’originalité pour se rendre compte que trois autres femmes ont eu la même audace. Mes amies n’ont pas épousé des québécois. Elles ont trouvé le bonheur avec des hommes venus d’ailleurs. Pourquoi ?

Je n’avais pas de réponse, mais quelques indices. Entres autres rites initiatiques à la culture québécoise, j’ai revu les séries Minuit le soir et Les Invincibles avec ma douce moitié. Elles étaient et sont à mon sens les meilleures séries de la décennie et j’estimais qu’il devait les voir à tout prix. Mon amoureux s’est extasié sur la richesse formelle de notre télé et sur l’ampleur du malaise masculin. Je n’avais pas d’explications à lui donner. Je pouvais seulement valider l’authenticité du marasme. J’avais tant de fois rencontré ces bris de communication, ces quiproquos, ces machinations avec les PA et autre Carlos de ce monde.

Je refuse de jeter la pierre aux hommes québécois : après tout, je peux dire que j’en adore au moins deux exemplaires, mon père et mon neveu. Je ne peux pas non plus prétendre n’avoir pas connu l’amour passion avec eux. Mais contrairement à mon fiancé, les hommes québécois ne m’ont fait sentir qu’ils tenaient réellement à moi. Je ne peux pas juger de leurs sentiments, et de toute façon je sais qu’ils étaient aussi vrais, valides et puissants que ceux que j’ai connus récemment. Mais tant dans l’ensemble que dans le particulier de la relation (que je lui téléphone ou non, que je veuille ou non me marier, que ça compte ou non de le présenter à mes parents, que ça lui importe ou non que l’on soupe ensemble ce soir), j’ai fréquemment senti un désintérêt relatif. J’ai parfois sabordé la relation par lassitude de ce désengagement, à quelques reprises elle s’est essoufflée tout naturellement. Un jour, un amoureux m’a exprimé un regret désespéré de me perdre, alors que depuis près de trois ans il s’était montré tiède à toutes les questions que je lui posais sur nos chances de réussir notre vie. Il m’aimait, point. Sans pouvoir m’en dire plus sur ce qui allait se passer. Je pourrais vous décrire en plusieurs pages toutes les manifestations de désintéressement que j’ai essuyé de la part d’hommes québécois. Cela ne suffirait pas à démontrer qu’il s’agit là de dispositions répandues chez l’homme québécois. Peut-être que je suis seulement tombée sur des hommes moins décidés que moi à établir une relation solide. Ou qui ne tenaient tout simplement pas assez à moi.

Qu’en est-il de mes amies ? Julie a épousé un gars des Grands Lacs, qui, comme elle, adore la nature. Delphine a rencontré son mari dans un séminaire de philo, elle a choisi un homme qui partage sa passion pour Sartre et Spinoza. De surcroît il lui a toujours montré à quel point il tenait à elle et sa nationalité française n’y était pas pour grand-chose. Sophia, par contre, avoue ouvertement n’être pas totalement revenue de son premier coup de foudre avec l’Espagne. Je le sais pour l’avoir vécu avec elle, à Salamanque, en 1998. Nous avions dix-neuf ans et sortions pour la première fois du Québec. Je suis rentrée après trois mois. Elle n’en est jamais tout à fait revenue.

Alors, est-ce là l’explication à ces unions transfrontalières? Le point commun aux histoires de mes amies est une rencontre déterminante basée sur une passion consensuelle. La femme québécoise n’est pas tombée dans l’évitement. Elle est plutôt sujette à la grande séduction de l’inexploré. Elle choisit son mari non pas sur la base des intérêts ou de l’affection réciproque, mais dans la perspective de construire ou d’appartenir à un certain milieu de vie qui lui convient. Ce milieu n’est désormais plus rattaché à un lieu géographique, il reflète plutôt les choix personnels de mademoiselle. Pour le meilleur ou pour le pire.

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3 thoughts on “Pourquoi les Québécoises n’épousent pas des hommes d’ici?”

  1. Salut à toi très chere Venusienne

    OUI effectivement il existe, je crois un certain malaise masculain dans notre societee quebecoise actuel
    . C’est selon moi une problématique multifactoriel, c.e.
    qui peut être expliqué par plusieurs facteurs.

    Si on regarde avant 1960, avant la révolution tranquille (Avant l’émancipation de la femme) lorsque un couple était formé c’étais pour la vie: rare étaient les divorses avant les années 70.
    Mais tout d’un coup et sur une courte periode de temps la femme (si tu me permets l’expression)est devenu autonomes dans toute les spheres de sa vie.
    Elle est devenue exigente face a elle-même, puisque désormais tout lui était possible
    l’homme Quebecois de son coté est resté passif et a perdu son role de pourvoyeuret un peu de sa fierté.

    tu vas me dire que les europeens aussi sont dans la meme situation. je te répondrai que le Quebec est une société beaucoup plus jeunes que l’europe.

    Il y a surement d’autres facteurs qui expliquerai ce malaise qu’en tant qu’homme du Quebec je percois et meme que je vis présentement dans mes relations.

    bref ton article m’a choqué au début mais m’a lancé sur une piste de réflexion face a moi même et face a ma réalité

    Du coup je te souhaite beaucoup de bonheur avec ton copain

  2. Voila un article récent du Devoir moins intéressant que ta prose (à mon sens) mais relié. Ça parle de l’homme mou qui durcit à la télé. Après lecture de l’article, on se demande comment réussir à ne pas tomber en amour avec « un des mâles types québécois, le «bad boy» beau, drôle et sensible » (qui ne fait pas de fuck you aux handicapés en plus, je suis sûr). Le journaliste évoque ici Claude Legault que l’on « verra dans pas moins de cinq films en 2010. »

    Ça donne à espérer que « le «bad boy» beau, drôle et sensible » est aussi bon acteur …

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