consommation, Santé

Trop boire: comportements et points révélateurs

Hier ma sœur est venue à la maison. On a passé l’après-midi dehors et on est rentrés à l’heure de l’apéro, affamés et assoiffés. On a débouché des bières et on a discuté autour de la table pendant que les enfants jouaient. On a continué ça autour d’un souper avec du vin. Pendant que mon chum baignait les enfants, on a terminé la discussion avec un Calvados en faisant la vaisselle. Quand ma sœur est repartie en taxi, il était encore tôt et les enfants voulaient retourner dehors. Un peu pompette et les jambes molles, je suis sortie et j’ai marché jusqu’au parc, à contrecœur. J’ai accompagné mon aînée dans ses jeux en baillant. Je me suis couchée en même temps que les filles, non sans leur crier plusieurs fois d’arrêter de faire du bruit. J’aurais sans doute crié aussi si je n’avais pas bu, mais pas aussi fort.

À minuit, je me réveille en sueur avec la bouche pâteuse et le ventre qui gargouille. Je m’en veux de m’être laissée aller à boire autant un dimanche soir. Je revois ma soirée au ralenti et il me semble que je n’ai rien vu aller. Je me tape une heure trente d’insomnie en me disant que ça ne va pas du tout, qu’à 38 ans, j’ai passé l’âge de trop boire.

Ce qui ne va pas:

  1. J’ai la nette sensation d’avoir prononcé des paroles superflues et d’en avoir laissées d’autres en suspens quand certaines précisions s’imposaient.
  2. Mon état somnolent m’a empêché de profiter de ma sortie au parc en fin de soirée.
  3. J’ai perdu mon calme au moment de coucher les enfants.
  4. J’ai raté l’occasion de souhaiter une bonne fin de soirée à mon chum.

Trois citations prononcées au cours de la soirée:

  1. « Dans la famille, on ne tient pas si bien l’alcool que ça. Ça nous rend mou. » S’ensuit une longue énumération de toutes les fois ou quelqu’un de la famille a eu l’air niaiseux à cause de l’alcool.
  2. « Je ne suis pas assez mature pour avoir un cellier. Je boirais plus, c’est sûr. » Mon chum me dit qu’il y a plein d’alcool dans la maison et que je me tiens plutôt bien. J’en doute.
  3. « Le Kombucha, en terme de goût, c’est vraiment une alternative acceptable au vin et à la bière, pis en plus c’est bon pour la santé. »

Quelque chose me dit que quelqu’un est dû pour un changement d’habitudes…

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consommation, Zéro déchet

Vers le zéro déchet: six changements bénéfiques

Depuis février, je tends vers la consommation zéro déchet. Je ne suis pas parfaite, mais j’essaie de produire un minimum de matières résiduelles. Chaque jour, mon sens de l’organisation et ma volonté sont mis à l’épreuve. Voici six situations qui ont nécessité un changement de comportement, changement qui s’est avéré bénéfique.

#1 : au travail

Être zéro déchet à la maison, c’est bien, mais ça ne sert à rien si je me comporte autrement dès que je passe la porte. J’ai du revoir mon mode de fonctionnement au travail. Le bureau n’étant pas équipé pour trier les matières compostables, je rapporte avec moi mes épluchures et autres cœurs de pommes dans un pot de confiture Bonne Maman,  que je vide ensuite dans mon propre bac à compost. Je réutilise l’endos de mes feuilles de papier, dont ma consommation diminué aux trois-quarts. À part quelques stylos en fin de vie, ma corbeille est vide; j’ai même recommencé à utiliser des bons vieux crayons au plomb et mis de côté les marqueurs. Je ne jette rien à la cuisine non plus; équipée de ma boîte à lunch, je place les aliments dans des contenants lavables.

#2: lunchs abordables

Je veux bien faire mon lunch, mais il y a des moments exceptionnels où je n’ai ni l’envie, ni les stocks pour remplir ma boîte à lunch. Arrive donc le jour où à midi tapant, je suis encore à mon bureau à me demander quoi manger. On oublie le take out en styromousse et l’emballage plastique de la boulangerie du coin ainsi que la commande de pad thaï. Je finis par me pointer au resto vietnamien qui fait des sandwichs végés à emporter dans un sac de papier brun. Un sac compostable que je glisse dans mon sac à main pour le ramener à la maison. Pas de déchet, et en prime, un lunch vraiment abordable.

#3: lunchs en bonne compagnie

Le dilemme du repas se pose de nouveau quelques jours plus tard. Je n’ai pas amené de dîner et mon ventre crie famine. La boulangerie du coin m’appelle irrésistiblement. Je texte une copine qui travaille à côté: « on se retrouve au resto dans dix minutes ? » Invitation acceptée. Je fais d’une pierre deux coups: je mange dans de la vraie vaisselle et je passe quarante-cinq minutes à mettre à jour mes commérages. Et quand on y pense, c’est habitude assez malsaine, que la nourriture pour emporter. Comme si nous n’avions plus le temps de nous asseoir à une table de restaurant. Comme s’il fallait absolument se précipiter chez soi pour manger seul…alors que manger à une table de restaurant, c’est si agréable.

#4: changements chez les proches

Tout le monde veut savoir: au quotidien, comment je fonctionne ? J’explique, je justifie. Puis, le vent tourne; les autres me parlent. Une collègue m’avoue qu’elle se questionne sur mes habitudes à chaque fois qu’elle met quelque chose à la poubelle. Ma mère me téléphone pour me dire qu’elle a passé en revue ses habitudes et qu’elle a fini par se faire un tas de matières compostables au bout du terrain. Ma propre fille me fait la tête le jour ou je me laisse tenter par un sac (en plastique) de pommes. Ma démarche fait des petits. Ça réfléchit autour de moi.

#5: moins de viande rouge

Qu’est-ce qui se vend presque automatiquement sur une plaque de styromousse ? Qu’est-ce qui est le plus onéreux quand on le commande chez le boucher ? Le bœuf et l’agneau. En devenant zéro déchet, je ne me doutais pas que j’allais réduire mon empreinte écologique autrement. Manger de la viande rouge, quand on y pense à deux fois, quand il faut prendre la peine de se rendre chez le boucher pour commander à la pièce, c’est coûteux et compliqué, surtout quand ce n’est pas ce qu’on préfère. Donc, on consomme maintenant de la viande rouge une seule fois par semaine. Légumineuses, poisson, pâtes, omelette et volaille sont au menu.

#6: Bye bye, Jean Coutu

Ça fait des années que ça ne va plus lui et moi. J’ai d’abord cessé de me maquiller, puis, je me suis mise à acheter mon papier de toilette et mes produits nettoyants au magasin écologique. Finalement, j’ai adopté la brosse à dent de bambou et la fleurcup. Aujourd’hui, je peux le dire, j’ai mis derrière moi les visites hebdomadaires à cette pharmacie qui vend beaucoup trop de bonbons à mon goût.

Devenir zéro déchet est le changement le plus surprenant que j’aie fait dans ma vie. J’ai découvert un monde d’habitudes différentes qui m’étonnent à chaque fois. Osez changer, ne serait-ce qu’une seule habitude, pour faire la différence.

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Économie, consommation

Hochelaga, mon milieu de vie

C’est cette semaine que ce sont tenues les assises sur la gentrification à Hochelaga, au lendemain d’un festival contre la gentrification qui s’est tenu au Parc Hochelaga. Comme j’habite à un jet de pierre de l’endroit, j’ai exprimé mes craintes aux organisateurs de l’événement. Mais ceux-ci ont soutenu leur point de vue de façon juste et sans mépris, donc j’ai compris qu’il n’y avait pas lieu de s’inquiéter. Par contre, le niveau d’échange sur les réseaux sociaux était préoccupant. Les  résidents vilipendaient les représentants mouvement anti-gentrification à coup d’ironie, de sarcasme et d’attaques personnelles. En gros, on leur reprochait d’être les représentants et les défenseurs de la misère sociale, alors que ceux-ci se démènent pour maintenir un niveau de vie acceptable chez les plus pauvres (en se battant pour maintenir les logements abordables et une offre commerciale économique, entre autres).

Je fais partie du clan des méchants, les jeunes familles propriétaires de condos récemment débarqués dans le quartier. Je suis une citoyenne engagée, le genre qui signale aux élus tout ce qui ne va pas, qui s’informe, qui discute. J’ai grogné sur les écoles, la gestion des matières résiduelles, l’aménagement, la circulation. Je ne lâche jamais le morceau. Sans être touchée par les problèmes de logement, je comprends donc ceux qui interpellent sans relâche les politiciens pour qu’ils interviennent afin de calmer la spéculation immobilière. Mais je dois l’avouer, ma fibre socialiste en mange un coup quand on me met dans le clan des propriétaires, capitalistes et fortunés, moi qui, il n’y a pas si longtemps, vivais dans la précarité. Moi qui ai été locataire jusqu’à 34 ans. Moi qui suis venue ici, comme pas mal d’autres, pour acheter à un prix raisonnable avec mon salaire de classe moyenne.

Les services publics ne sont pas à la hauteur à Hochelaga. Les rues sont mal entretenues, pleines de trous. Les parcs sont sales, les poubelles sont pleines. Trois écoles sont fermées à cause des moisissures. On meurt plus jeune dans l’est de Montréal qu’ailleurs sur l’île, parce que les soins de santé y sont presque inexistants. Depuis un an, j’essaie de modérer la circulation dans la ruelle commerciale qui jouxte mon condo, mais aucun règlement d’arrondissement ne me facilite la tâche, plutôt le contraire. Alors que les ruelles vertes fleurissent sur le Plateau et dans Rosemont, rien ne semble vouloir freiner la toute-puissance de l’automobile dans notre quartier. Dans ce sens là, Hochelaga reste et demeure un genre de far west où tout est permis. L’alcool coule à flot, tu peux acheter de la drogue tout le temps, et ne va pas te plaindre qu’il y a trop d’autos dans ta ruelle. Le consommateur, bien intentionné ou pas, est tout-puissant. Même s’il nuit à la qualité de vie des résidents. Frustrant.

Mais moi, c’est ici que j’ai choisi de vivre. Pour avoir les moyens de vivre, justement. Pour être à vingt minutes à pied de mon travail, de façon à passer plus de temps avec ma famille. Parce qu’il y a des commerces de proximité, parce qu’il y a des parcs. Parce que je ne me reconnais dans cet endroit qui n’est certes pas parfait, mais qui m’a donné la chance de sortir de la précarité et d’avoir enfin un petit quelque chose à moi: un milieu de vie. Parce que, en allant déposer ma fille à l’autobus tous les matins, je croise d’autres parents, d’autres travailleurs, des gens qui font maintenant partie de mon quotidien, de celui de mes enfants. Notre école sera prête le 21 juin, je discute avec le conseiller d’arrondissement pour apaiser la circulation sur ma rue, j’ai bon espoir que les choses s’améliorent. Hochelaga, c’est mon milieu de vie, parce que c’est ici que je suis devenue citoyenne. J’estime que revendiquer et exiger que les choses changent dans un certain milieu de vie permet de se l’approprier. C’est le degré zéro de la vie citoyenne. En ce sens, j’ai une certaine empathie pour les tenants du mouvement anti-gentrification, même si je fais partie du problème.

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consommation

Je n’aime pas les objets : vers le zéro déchet

Je n’aime pas les objets. Ils me dérangent, encombrent mon espace. Il faut les magasiner, les entretenir, leur faire une place dans son logis, puis, éventuellement, les jeter. De plus en plus, on saute les deux étapes intermédiaires; on achète, on consomme, on jette. Ma journée finit toujours de la même façon; laver la vaisselle, ranger, jeter. Avec les vêtements, les jouets, les livres, tous les trois ou six mois, le même exercice; classer, ranger, réparer, jeter. En ce début d’année, j’ai dit, c’est assez. Je veux une vie plus simple, moins frustrante. Je veux acheter moins, quitte à réparer plus, et jeter moins.

En quelques jours, nous sommes devenus une famille zéro déchet. Il faut dire que j’ai quelques pré-requis. Je ne me maquille presque pas. Je m’habille presque entièrement dans les friperies. J’achète mes produits nettoyants en vrac depuis longtemps, en me contentant de quelques articles indispensables; savon à lessive, vinaigre, bicarbonate de soude. J’utilise des mouchoirs en tissus. Dans mon quartier, on fait le ramassage du compost à domicile. L’Armée du salut récolte tous les objets dont nous ne voulons plus. Mon seul défi, pour le moment, c’est l’achat de nourriture en vrac, puisque ma poubelle se remplit presque exclusivement d’emballages alimentaires.

28 janvier, on se lance ! Les sacs en tissus et tupperware nous accompagnent au Marché Maisonneuve. Sur les conseils d’un habitué du zéro déchet, nous avons commandé notre viande au boucher, nos fromages aux fromager, notre pain dans un sac en tissu au Première Moisson, et nous nous sommes débrouillés pour choisir parmi les fruits et légumes non emballés au Jardin Dauphinais. Les commerçants ne sont pas embêtés le moins du monde, ils nous témoignent même une certaine admiration. À deux reprises, nous avons entendu des murmures d’approbation d’autres clients près de nous.

Cette semaine-là, j’ai écoulé mes stocks d’aliments emballés, j’ai donc produit mon 10 litres de déchets habituels. Mais la semaine suivante, mes déchets avaient baissé à 3-4 litres, je n’avais donc pas besoin de sortir les poubelles. J’en ai profité pour changer ma poubelle de cuisine pour un contenant de 5 litres.

Le 4 février, j’avais un anniversaire avec bar à bonbons à organiser, direction Bulk Barn. Bonbons, céréales, biscuits, raisins secs, bretzels. Les pâtes sont d’une qualité douteuse, je me résigne dont à maintenir mon habitude d’acheter des Catelli et recycler la boîte. Ensuite, Marché Jean-Talon pour les fruits et légumes ainsi que les œufs. En achetant mes patates, j’apprends que le garçon qui me les vend les cultive lui-même à Saint-Rémi. À la Fromagerie Hamel, les enfants s’en donnent à cœur joie en choisissant et dégustant les fromages que nous achèteront. Je viens de trouver un ingrédient essentiel au succès de ma démarche: le plaisir de faire les courses au marché. La richesse de l’expérience que constitue l’achat local compense largement la satisfaction que nous avions à faire le plein d’aliments chez Costco.

Le 7 février, notre petit sac contient à peine 1 litre de de déchets. Nous progressons. L’anniversaire de ma fille se déroule sans encombre et les parents de ses copines jouent le jeu en nous offrant des cadeaux écolos, pas emballés ou usagés, chacun à la mesure de sa capacité. Je l’apprécie.

Le 12 février, nous faisons un pas de plus et misons sur nous commerces de proximité. Produits nettoyants au Terre à soi, pain et fromage au ArHoma, boucherie Beau-Bien, saucisses chez William Walter et fruits et légumes au Fruits du jour. Nous sommes quelques peu déçus par l’offre en légumes non-emballés à cette dernière adresse. À part les navets, oignons et patates douces, nous n’aurons pas grand-chose à nous mettre sous la dent. Par contre nous avons des fruits à profusion dans nos sacs de tissus: pommes, poires, pêches et bananes. À ma grande surprise, la biscuiterie Oscar n’offre pas un grand choix de bonbons en vrac; mais on y trouve des fruits séchés, des biscuits en vrac et des Jelly Bean au poids. Et le service est excellent.

19 février: en lisant David Servan-Shreiber, je réalise que la pollution due à la consommation de viande est plus élevée que celle attribuable aux déchets domestiques. Si je veux faire une différence, je devrai donc aussi me résigner à diminuer ma consommation de viande. Je visite Vrac et bocaux pour y prendre farine, cacao, œufs, fromage, saucisson et quelques fruits et légumes locaux, mais l’expression faire le plein de s’applique pas ici. Bien qu’on y trouve un peu de tout, cette boutique est loin de chez moi et son offre est trop incomplète pour que ça vaille la peine de m’y rendre. Je devrai trouver une solution de rechange pour les aliments secs, quitte à me rendre une fois par mois chez Bulk Barn pour remplir mes armoires.

Oui, je suis fière de ces changements. Oui, ça me complique la vie, et ça implique entre autres de réfléchir avant d’acheter, de s’organiser avant d’aller faire les courses, et de renoncer à certains achats une fois sur place. Ça tue la spontanéité des commandes de pizza ou des sacs de chips du samedi après-midi. Mais je suis capable de m’en passer (mon chum trouve ça plus dur). Par contre, ça force l’inventivité. Hier, j’ai fait des chips de pelures de pommes de terre avec les épluchures qui, autrement, se seraient retrouvé au compost. La nécessité est mère de l’invention.

société

École Baril: une promesse non tenue pour 2017

École Baril, 2 janvier 2017

2017 arrive avec une promesse non tenue : il n’y aura pas d’école primaire dans Hochelaga avant le printemps. Janvier 2017 est la date que les parents et élèves des écoles Hochelaga et Baril ont attendue avec fébrilité, avant d’apprendre par une lettre que leurs attentes seraient déçues, puisque l’école n’ouvrirait pas avant le printemps.

Installée dans l’arrondissement avec une enfant d’âge préscolaire en juin 2013, je ne me suis pas trop inquiétée que les deux écoles du coin soient fermées. Après tout, on nous promettait une école neuve pour la rentrée 2016.

Mais l’arrivée à la maternelle de ma fille  se rapprochait, et les écoles étaient toujours fermées. En janvier 2015, j’ai tenté de l’inscrire en libre choix à deux autres écoles de l’arrondissement, en vain. Je me suis donc rabattue sur la solution de rechange offerte par la CSDM : envoyer mon enfant à son école de quartier, provisoirement relocalisée à la Polyvalente Édouard-Montpetit. En septembre, mon idée était faite : ma petite prendrait le bus matin et soir. La direction nous a rassurés : le service de transport était bien organisé, et après tout, nous allions regagner le quartier en janvier (c’est du moins ce que nous croyions).

Dès les premiers jours de classe, le service de transport a connu plusieurs ratés. Un garçon qui devait être au service de garde a été mis dans le bus et déposé au parc sans que ses parents soient avertis. Une fille qui aurait dû descendre au coin de Sainte-Catherine s’est retrouvée au coin de la Fontaine. Un autre bus a mis plusieurs minutes à arriver à destination, créant une commotion chez les parents qui attendaient au point de rendez-vous. Chaque fois, même plates réponses de la part de la direction : des erreurs de début d’année nous disait-on; quand tout le monde serait habitué, tout irait rondement.

Début décembre, ce fût mon tour de faire les frais de la mauvaise gestion des transports. Voulant faire garder ma fille, j’avertis l’école que sa gardienne viendra la récupérer plus tôt à l’arrêt de bus habituel, c’est-à-dire à l’École Hochelaga. À l’heure dite, ma fillette n’est pas dans l’autobus. Je contacte le service de garde, où on ne décroche pas le téléphone (ce qui est habituel, puisque c’est l’heure à laquelle les éducatrices sont débordées). Je reçois alors un coup de fil d’un parfait inconnu qui a retrouvé ma fille au coin de Dézéry et la Fontaine. Elle a pris le mauvais bus, et le chauffeur l’a déposée au dernier arrêt sans vérifier qu’un parent était présent. Je joins de nouveau ma gardienne qui finit par retrouver ma fille vers 16 :30. À cette heure, la nuit est tombée. Le mercure est passé sous zéro.

J’ai fait le suivi avec l’école, qui a apporté les correctifs  nécessaires. On a changé le numéro erroné sur la carte de transport, fait le nécessaire avec la compagnie d’autobus pour que la bourde du chauffeur ne se reproduise plus. J’apprécie les efforts et le professionnalisme du personnel de l’école, mais ce que je garde en tête, c’est que ma fille, qui aurait dû être en sécurité à l’école, a été négligemment laissée sur un coin de rue. L’école a fait un suivi plus qu’acceptable, certes, n’empêche que la situation est inacceptable. Des élèves déjà pénalisés par la délocalisation de leur école ne devraient pas être fragilisés les failles du système de transport et des erreurs de gestion.

En tant que mère, je suis inquiète, effrayée et écœurée. Inquiète que les professionnels de l’école doivent en faire plus pour compenser la relocalisation de leur école, effrayée à l’idée qu’un incident similaire survienne de nouveau et écœurée que nos élus mettent autant de temps à régler le problème des écoles.

Je ne fais pas le vœu d’avoir une nouvelle école de quartier en 2017; je l’exige, point. Madame Poirier, Monsieur Ménard, Madame Harel-Bourdon, Madame Beaudet, tenez vos promesses, livrez la marchandise.

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Économie, consommation, Urbanisme

Je ne suis pas une bourgeoise

« On est tous le bourgeois de quelqu’un »

« Je trouve ça malaisant (sic) de voir quelqu’une qui se plaint que son quartier s’est embourgeoisé quand elle s’en va faire la même chose dans Hochelag.»

« Pour nous, c’est vous la bourgeoise »

Depuis la publication de mon billet sur l’embourgeoisement de Rosemont il y a un mois, j’ai reçu un nombre record de visites sur ma page et aussi un nombre important de critiques venant de gens qui voient d’un mauvais œil l’installation de nouveaux acheteurs dans Hochelaga. Peu après la publication de mon billet, des actes de vandalismes à la place Valois sont venus renforcer l’impression que les inégalités sociales attisent la colère de certains résidents du quartier.

Parlons d’abord de la conclusion de mon billet, celui qui m’a valu tant de critiques. « …la réputation de HoMa s’améliore, la gentrification ne l’a pas encore atteint. » Quelques jours avant d’écrire ce billet, j’avais écouté une entrevue avec l’urbaniste Paul Lewis à Samedi et rien d’autre sur les ondes de Radio-Canada. Selon ce spécialiste, qui avait acheté une maison à Hochelaga-Maisonneuve dans les années 80 en se faisant promettre que le quartier était le prochain Plateau, il avait observé une lente modification du quartier au lieu du boum immobilier espéré. Il observait à présent une faune différente, composée de familles de classe moyenne, d’étudiants et de jeunes professionnels qui s’y installaient. J’ai moi-même fréquenté la promenade Ontario et constaté qu’elle est animée par une énergie différente que la promenade Masson. Masson s’embourgeoise, littéralement. Le hipster est roi à Rosemont. Peut-on dire qu’Hochelaga est bourgeoise simplement parce que la population change ? L’origine de l’anglicisme gentrification, gentry, fait référence à la petite noblesse. La gentrification est ce qui se produit lorsqu’une classe sociale mieux nantie qui s’approprie un quartier, ce qui n’est pas tout à fait le cas dans HoMa. Quand la classe moyenne investit un quartier défavorisé, elle fréquente les services de proximité, le dépanneur, l’épicerie, la quincaillerie, le Jean Coutu, le café, sans pour le moins réclamer des épiceries fines et des bars branchés. C’est une mixité qui profite aux commerçants du coin sans nuire aux moins gâtés.

Par ailleurs, je ne suis pas une bourgeoise. Avez-vous lu le titre mon billet ? J’appartiens à classe moyenne et j’en suis fière, d’autant plus que je me bas depuis 10 ans pour me hisser au-dessus du seuil de la pauvreté. Je comprends les locataires d’Hochelaga qui ont  mal au cœur de voir le prix des logements augmenter lorsqu’ils sont limités dans leur budget. Mais la famille de classe moyenne capable de se payer un condo, une fois son hypothèque payée, vivra avec les mêmes restrictions budgétaires que le ménage à faible revenu.

Voilà pourquoi je continue de dire haut et fort que je ne suis pas une bourgeoise.

consommation, société, Urbanisme

Où va la classe moyenne ?

Rosemont

Quand j’ai quitté le Plateau pour m’établir près de la promenade Masson il y a deux ans, le quartier offrait énormément d’avantages à ma famille à revenu modeste : un logement de 7 pièces, une cour, tous les services de proximité et un voisinage sympathique. Vu le loyer raisonnable, j’ai aussi eu droit à un appartement décati, beaucoup de saleté accumulée, de la vermine et des moisissures. Mais c’était peu considérant tous les bénéfices que je gagnais au change, et une fois l’appartement dûment retapé,  j’ai pu apprécier, en compagnie de ma fille et mon mari, les mille et uns bonheurs qu’offraient la ruelle, les parcs, les piscines, la garderie à un jet de pierre, tout ça à quelques minutes du centre-ville.

Une fois passé le cap du revenu moyen et prête à devenir propriétaire, j’ai constaté avec stupeur que les prix avaient augmenté à un point tel que mon ménage ne pouvait plus se permettre le quartier. Nous avons spontanément mis le cap sur Hochelaga, un coin plus abordable qui, à proximité de la rue Ontario, offre les mêmes avantages que Rosemont. Déménagement prévu dans six semaines. Je pleure le nid d’amour que j’ai construit dans cet agréable voisinage. Un peu amère, je me plais à dédaigner le quartier qui ne veut plus de moi. Il est sale, bondé et les voitures s’y entassent. Les taxes explosent. Les bars grouillent de bobos.

Où va la classe moyenne ? Un fossé se creuse dans Rosemont. D’un côté, les familles à faible revenus qui restent locataires, de l’autre, les bourgeois qui s’installent dans des condos ou des maisons retapées à grand frais. Je crains que Rosemont devienne ce qu’était le plateau quand je l’ai quitté en 2011 : un quartier de retraités et de professionnels branchés qui essaient tant bien que mal de cohabiter avec les tatoués du coin.

Alors, en route vers le nouvel Eldorado, HoMa, qu’on annonce depuis près de trente ans comme le prochain quartier d’avenir. Si sa réputation s’améliore, la gentrification ne l’a heureusement pas encore atteint. Qu’elle prenne son temps.